Vendredi 7 octobre 2005
Il y a un point de chute près de la commode de la chambre.
Un trou noir.
Un aimant vers lequel glisse les objets.
Un point d'attraction comme celui de notre mémoire où s'engloutissent parfois les choses les formes et les idées. Il se situe juste au sol en dessous de la moquette grise derrière deux lattes anodines de parquets.
A gauche de cette commode toute neuve qui garnit la chambre de Louis.
Exactement à gauche du pied gauche de celle-ci. Au niveau de l'arête qui jouxte son pied gauche.
Et louis ne le sait pas encore.
En tout cas pas avant que le verre de Coca vide qui trône comme un trophée depuis des siècles sur le bord de sa commode, ne se jette précipitament dans le vide et disparaisse à jamais en un point minuscule et ne s'évapore sous le regard ébahi de Louis lorsque celui-ci tend la main pour l'attraper avant qu'ilne se brise.

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Mercredi 5 octobre 2005
Parfois lorsque l'on se réveille, il y a comme un flottement du temps.

Un instant insaisissable et étirable à l'infini durant lequel on ne sait plus si l'on rêve ou si l'on est éveillé.

Un moment agréable et cruel où des myriades étoilées scintillent au bord des choses.

Précisement violent. Un point d'interrogation sur lequel bute notre identité.

On ne sait plus quel jour nous sommes, si même nous sommes un jour, on ne sait plus avec qui, ni où et qui nous sommes. Parfois même nous ne devons nous forcer nous-mêmes à nous rappeller à notre existence.

Et Soudain, par un flash aveuglant notre regard se met à glisser instantanément sur le velours des choses et le monde se remet en marche avec le poids de nos jambes, apparaissant clairement dans toute la beauté de son insoumissible signification.

La force d'une vie vécue et l'épuisement de la nuit nous saisissent alors dans l'étirement de nos paupières abattues.

Il était exactement cinq heures à son réveil quand Louis le leva la tête de son oreiller, souleva une jambe et chevauchant le bord de son lit, posa un pied en équilibre précaire sur la chaude moquette de sa chambre et en essayant de vaincre cette idée épidermique. Il jeta un oeil embué vers le jour qui perçait au travers des volets et compris qu'il était chez lui.

L'homme au parapluie sortit de son rêve resta sur la plage sans que personne ne lui prête aucune attention.

Après avoir descendu l'escalier en hélice qui pivotait vers la cuisine où il allait prendre son déjeuner, il vit qu'une jeune fille assise sur le banc de la cuisine lui tournait le dos.





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Dimanche 2 octobre 2005
La nuit glissa ainsi le long du monologue sans fin de l'homme au parapluie.

Louis rouvrit les yeux sur un ciel dégagé et le vol des mouettes qui tournait au dessus de lui.
Un océan démonté s'acharnait au loin sur de jeunes moussailons et un parfum iodé remontait des embruns.

Quelques sportifs couraient le long de la plage presque déserte.

 Louis sentit sous sa nuque la fraicheur humide de la rosée sur le sable. Il releva lourdement son corps ensommeillé et regarda devant lui, se frotta les yeux, les mains couvertes de grains scintillants sous le soleil qui venait derrière lui, et vit qu'il était seul.

Des parents matinaux dont les enfants le montraient du doigt, se tournèrent vers lui puis vacquèrent à leur activité habituelle qui consistait à s'enduir de crème solaire tout en plongeant des mains trop grasses dans leur glacière pour y pêcher une bière fraiche tandis que leurs enfants les éclabousseraient d'eau glacée ou de sable ou le deux, selon l'humeur, sans leur offrir aucun répit, tant qu'eux mêmes ne se seraient pas vus gratiiés d'une glace quelconque pour leurs acrobaties.

Louis se leva ankilosé et froissé, la tête douloureuse et partit.

Dans son dos, une jeune fille le regardait, songeuse, ou compatissante..





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Samedi 1 octobre 2005
 
Un cône de lumière coulait, jaune, sur le chevet d'un lit. Une ombre glissa, l'espace d'un instant, et quelques  rayons moururent en silence sur les coins du rideau qui baillait près de la fenêtre. Il s'arrêta, Haletant. Des moustiques insomniaques et affamés se jettaient contre ses chevilles nues. Ils 'en moquait.
Ce serait bientôt la fin de l'été. Envahi par des doutes bourdonant entre ses tempes, il se dirigea vers la plage.
La ville dormait.
Et le sommeil lui manquait.

A présent, tout était calme et une mer de pétrole luisait à la faveur des réverbères qui longeaient comme des guirlandes un paysage irréel et froid.

Un vieil homme sorti de nulle part marchait, sans laisser d'empreintes sur le sable humide, et se dirigeait tout droit vers lui avec un parapluie blanc.
Sans un mot il s'assit à ses côtés.


"Comme l'eau doit être froide à cette heure de la nuit". articula-t-il mécaniquement.

Louis resta assis sans un mot, le regard perdu sur le sable comme s'il essayait d'en compter les grains.

Il le connaissait. Cet homme était apparu la veille, dans son sommeil, alors que quelques heures plus tôt, il l'avait rencontré pour la première fois dans son livre de bibliothèque.
Une chasse aux trésors dans laquelle cinq petits amis s'étaient mis en tête de récupérer le trésor volé par cet homme au parapluie blanc.
Louis n'en connaissait pas la fin.
 Il s'était endormi le livre à la main, emportant avec lui la malle contenant le trésor et laissant ses camarades au bord de son sommeil..



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Vendredi 30 septembre 2005
Essouflé mais courant encore et encore et encore, il vit par la fenêtre ouverte d'une maison, l'écume de l'Océan se projeter sur le remblais.

 
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Jeudi 29 septembre 2005
"C'est une chose terrible que d'apprendre, dans l'enfance, que nous sommes un être séparé du monde, que nul être et nulle chose ne souffre de notre langue brûlée ou de nos genoux écorchés, que nos
douleurs et nos souffrances ne sont qu'à nous."
D.Tartt

 
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Dimanche 25 septembre 2005
Il s'est enfui de la maison en courant. Son ombre glissant sur la chaussée, faiblement éclairée. Les abres à pins se faufilant derrière lui dans l'éblouissement des phares d'une voiture tournant au coin de la rue.
Sa vie était devant lui.
Peu importait.
Et beaucoup aussi.
La nuit, dans la chaleur étouffée de sa chambre, il maudissait cette fichue tapisserie. Cette porte d'entrée. Celle qui ouvrait si souvent sur des cauchemards. Trop souvent, peut-être.

Il parlait déjà de partir.

Le son feutré de ses semelles de crêpes s'est assourdi jusqu'à ce qu'il n'entende plus dans ses tympans que le ryhtme court, rapide et régulier de son coeur battant la chaussée.


 
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